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Electrolocalisation
Espaces multi-sensoriels : les poupées russes
Erik Harvey-Girard


L’intensité du champ électrique émis par la EOD diminue selon le cube de la distance. Ainsi, un poisson qui double son espace actif doit augmenter par huit l’intensité de sa EOD. Un équilibre doit s’établir entre la dépense d’énergie pour générer le champ électrique avec les besoins de d’électroréception, les capacités de nage, les habitudes de vie et les nécessités de reproduction.

 

La perturbation d’une daphné sur l’amplitude de la EOD est d’environ 0,3%. Ce qui est une très faible variation de la EOD et demande d’être effectuée de façon plutôt rapprochée (au maximum une distance égale à une demi fois la longueur du corps). Outre l’intensité de la perturbation causée par une proie, la distance de détection de la proie est déterminée par l’intensité d’un champ électrique généré et la sensibilité des électrorécepteurs. Cette distance doit être suffisamment grande pour permettre à un poisson de détecter une proie à proximité, nager efficacement vers celle-ci et la manger avant qu’elle ne s’échappe ou qu’il ne la perde de « vue ». La capacité de se déplacer pour atteindre sa proie doit s’effectuer suffisamment rapidement et efficacement afin de se produire en de ça des capacités sensorielles de détection des proies afin d’éviter de manquer énergie (crever de faim !). Par contre, un système de détection trop puissant, avec un champ électrosensoriel intense à plus longue portée, utilise une quantité d’énergie énorme qui mènera aussi à la mort (par burn-out !). Bref, le tout est une question d’équilibre entre le système sensoriel, le système électrogénérateur, le système moteur et le métabolisme. D’un autre point de vue, on pourrait dire aussi que c’est une question d’équilibre entre acquérir de l’énergie et dépenser de l’énergie pour en acquérir. Pour un poisson faiblement électrique, la proximité de la détection et la rapidité de la capture sont les clés de la réussite étant donné que le champ électrique diminue si rapidement avec la distance.

 

D’aute part, les variations causées par les grands obstacles sont de l’ordre 5-10% de la EOD : ils peuvent être détecté à une plus grande distance. Par contre, les perturbations de la EOD lors de la communication (EOD de l’autre poisson) sont de l’ordre de 30% de la EOD. Carl Hopkins et son groupe ont montré qu’un gymnotiforme entre 10 et 20cm de longueur produisait un « espace actif » pouvant être détecté jusqu’à environ un mètre.

 

Autrement dit, les détections de proie se font dans un rayon de 5-10cm tandis que les grands objets du relief aquatique sont détectés à une distance légèrement plus grande, et que les signaux d’électrocommunication ont une portée de près d’un mètre. Les espaces sensoriels perçus structurent l’environnement des poissons faiblement électriques comme des poupées russes. Ceci n’est d’ailleurs pas différent de nos propres sens, on a qu’à penser à notre vision, notre audition et notre toucher : toutes des poupées russes de différentes grandeurs qui structurent notre environnement perceptuel.

 

Références
Erik Harvey-Girard.  "Espaces multi-sensoriels : les poupées russes."  Apteronote. Ed. Erik Harvey-Girard. Ottawa: Mai 31, 2005. <  >

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