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Évolution
Prédation : quand la bouffe est créative, les prédateurs mangent moins…
Erik Harvey-Girard


On connaît peu les habitudes nutritionnelles de la centaine d’espèces connues de gymnotiformes, puisqu’il est plutôt difficile de les suivre lorsqu’ils sont actifs, la nuit, dans leur milieu naturel aux eaux limoneuses. Plusieurs aptéronotes se nourrissent de petits invertébrés qu’ils trouvent principalement au fond des cours d’eau. Plusieurs raffolent de petites larves d’insectes. Les poissons-couteaux bruns et noirs se nourrissent surtout de daphnés, mais aiment bien aussi les vers rouges que leur fournissent les aquariophiles.

 

Quand est-il des prédateurs qui se nourrissent des aptéronotes ? Les principaux prédateurs des gymnotiformes faiblement électriques sont les poissons-chats pemilodidés (de l’ordre des siluriformes) et le gymnote électrique (un gymnotiforme nommé aussi anguille électrique, Electrophorus electricus). Plusieurs poissons-chats du Nouveau-Monde chassent les gymnotiformes de façon opportuniste et, au moins une espèce, Pseudoplatystoma tigrinum, est spécialisée pour la capture de gymnotiformes.

 

Les ancêtres communs des siluriformes et des gymnotiformes possédaient fort probablement des électrorécepteurs ampullaires. Les électrorécepteurs ampullaires sont extrêmement sensibles aux champs électriques de bases fréquences, surtout à des fréquences entre 8Hz et 30Hz. Ainsi, les poissons-chats ont été des prédateurs fort efficaces dès leur séparation évolutive des gymnotiformes.

 

L’autre principale prédateur, le gymnote, comme les autres gymnotiformes, possède aussi des électrorécepteurs tubéreux qui répondent à des champs électriques de plus hautes fréquences (50-3000hz), quoique qu‘ils soient moins sensibles que les récepteurs ampullaires. Il émet de petits pulses électriques qui lui permettent de « scanner » son environnement. En cliquant, vous trouverez un film d'une minute d'un gymnote femelle, Mélissa de l'aquarium de Seattle. Notez les petits pulses qu'elle émet pour "scanner" son environnement qui s'accélère lorsqu'un objet l'intéresse (commentaires en anglais. Format pour windows media player).

 

Philip K. Stoddard de l’Université Internationale de Floride a développé une thèse intéressante selon laquelle les prédateurs ont créé une pression « créatrice » sur la survie des petits gymnotiformes. Pour éviter de servir de repas, les petits gymnotiformes ont adapté leurs décharges électriques pour être détecter le moins possible par les poissons-chats. Premièrement, ils ont évolué en générant des champs électriques de plus hautes fréquences devenant « invisibles » aux électrorécepteurs ampullaires des prédateurs. Ensuite, ils ont évolué en créant des ondes de décharges électriques biphasiques. Tandis que des décharges monophasiques produisent un courant net allant toujours dans le même sens (courant DC), les phases du courant instantané des décharges biphasiques s’inversent continuellement en positif et négatif générant un courant globalement nul. Les ondes biphasiques ne générant pas de courant global, le prédateur doit être très près de sa proie pour la détecter. Ainsi, au lieu d’être considéré uniquement comme un facteur contraignant, la prédation est considérée comme un facteur favorisant (ou poussant) la biodiversité des poissons électriques, stimulant la recherche de solution de survie face aux prédateurs capables de détecter les courants continus (DC) ou de basses fréquences.

 

La bataille des petits gymnotiformes n’est cependant pas gagnée puisqu’ils font toujours partie du menu des poissons-chats. Quant même, leur survie prouve que la pression a été réduite. Bref, les petits gymnotiformes sont condamnés à la créativité.

 

Références
Erik Harvey-Girard.  "Prédation : quand la bouffe est créative, les prédateurs mangent moins…."  Apteronote. Ed. Erik Harvey-Girard. Ottawa: Mai 28, 2005. <  >

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