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Évolution
Reproduction : qu’est-ce qu’un mâle est prêt à faire…
Erik Harvey-Girard


Il est relativement aisé de recenser les populations de diverses espèces de poissons électriques selon leur aire de répartition en enregistrant dans l’eau à l’aide d’électrodes et en déterminant la forme du champ électrique (fréquence, amplitude, forme de chaque impulsion ou cycle). Il est cependant très difficile d’étudier, dans leur milieu naturel, les comportements des poissons-couteaux sud-américains  étant donné leurs habitudes nocturnes et le fait qu’ils vivent dans des eaux particulièrement turbides. D’ailleurs, la grande biodiversité des gymnotiformes suppose une grande variabilité de mœurs.

 

Kirschbaum (1975, 1979) a patiemment reproduit en laboratoire les conditions environnementales naturelles permettant la reproduction de quelques espèces de gymnotiformes. Entre autres, il s’est attardé aux mœurs de reproduction des poissons-couteaux bruns. Dans la nature, ces aptéronotes ont leurs gonades dégénérées la majeure partie de l’année. A la saison des pluies, qui est la saison des amours pour eux, ils régénèrent leurs organes sexuels. Kirschbaum a imité les conditions de l’apparition de la saison des pluies en diminuant la conductibilité de l’eau, en augmentant le niveau de l’eau et en recréant une pluie occasionnelle. Ce faisant, il a réussi à induire la ponte d’œufs, mais si un de ces facteurs manquait, il observait seulement une régénérescence des gonades. Les animaux sauvages capturés frayaient rarement tandis que ceux qui nés en laboratoire pondaient régulièrement 30-40 œufs à quelques nuits d’intervalle. Une fois que la ponte avait commencé le maintien des conditions maintenait la ponte. Malgré ces connaissances, la reproduction systématique et répétitive des poissons-couteaux bruns et noirs est toujours un défi hors de portée des aquariophiles, tant professionnels qu’amateurs passionnés.

 

Chez les poissons-couteaux bruns, durant le frai, la femelle pond un œuf à la fois au-dessus d’un substrat au fond de l’eau. Le mâle dominant se reproduira avec n’importe quelle femelle qu’il approche et qui répond à sa cour. Les autres mâles semblent se « résoudre » à ne pas participer au bal. Le mâle dominant se balance au-dessus de la femelle en émettant des chirps pendant qu’elle se couche sur le côté en tentant d’expulser ses œufs. Le mâle se prépare à fertiliser l’œuf juste à sa sortie du cloaque, parce qu’il sort avec une force surprenante et se colle au fond de l’eau à un endroit qui peut difficile d’accès. La femelle produit une série de petits chirps pour prévenir le mâle que l’œuf est prêt à être pondu. Juste au moment de la ponte, elle émet un chirp isolé de longue durée (180-200ms).

 

Dessin de Mordillo
Les femelles en général et les femelles gymnotiformes en particulier, sont souvent attirées par des traits remarquablement dangereux et dispendieux, qui sont de bons indicateurs de la capacité des mâles de survivre. Les femelles réceptives sont très attirées par les basses fréquences des décharges électriques émises par les mâles.Les mâles doivent donc produire des EOD de basses fréquences pour attirer les femelles, ce qui augmente les risques d’être détecté par des prédateurs pourvus de récepteurs ampullaires sensibles aux basses fréquences électriques.

 

Les informations à basses fréquences perçues par les récepteurs ampullaires sont donc essentielles pour les signaux de cour produits par plusieurs espèces de gymnotiformes. Ainsi, les mâles de certaines espèces changent leur EOD pour y inclure de basses fréquences pour courtiser leur dame. Chez d’autres espèces, les mâles émettent des chirps qui incluent des basses fréquences. Chez les poissons-couteaux bruns, la EOD ne change pas, mais les chirps pour courtiser ne sont pas balancés (phases positive et négative) et génèrent un petit courant continu. La distance à laquelle ce courant dc peut-être pressenti est de quelques centimètres (8cm pour un mâle de 21cm) : une distance bien convenable pour faire la cour chez ces aptéronotes... sans trop augmenter les risques. On peut bien montrer à quel point on est mâle, mais il faut survivre pour pouvoir le faire ! Tout de même !

 

En terminant, je vous laisse l'adresse d'un site où un poisson-lame mâle (Sternopygus macrurus) courtise une belle de son espèce. L'enregistrement a été effectué en 1970 dans la petite rivière Moco-Moco en Guyane par C.D. Hopkins et K. Hopkins.

 

Références
Erik Harvey-Girard.  "Reproduction : qu’est-ce qu’un mâle est prêt à faire…."  Apteronote. Ed. Erik Harvey-Girard. Ottawa: Mai 29, 2005. <  >

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