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Histoire
Des poissons et des hommes : Un peu d’histoire
L’Antiquité et les poissons électriques
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Le 19e des poissons électriques : Problèmes d’électrophysiologie… et problèmes d’évolution
La découverte de neurotransmetteur dans les poissons électriques
Une petite histoire de l’électroréception

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L’Antiquité et les poissons électriques
Erik Harvey-Girard

La plus vieille preuve connue que les humains connaissaient l’existence des poissons électriques date de 5000 ans. C’est un bas-relief du tombeau du Grand roi Ti de l’Ancien Empire Égyptien à Saqqarah. Sur cette sculpture de pierre, on y voit Ti surveillant ses serviteurs attraper plusieurs espèces animales, de l’hippopotame à une multitude de poissons dont le très distinctif malaptérure. Selon des hiéroglyphes, le malaptérure (ou poisson-chat électrique ou Malapterurus electricus) aurait été considéré par les Égyptiens comme le « protecteur des poissons ». En effet, après l’avoir capturé, plusieurs pêcheurs auraient ressenti les effets de ce « poisson-faiseur-de-tonnerre » à travers leurs pôles et filets de pêche trempés, ce qui les forçait à relâcher leurs filets et leurs prises.

 

Plusieurs espèces de poissons étaient vénérés par les anciens Égyptiens durant le Nouvel Empire. Selon Plutarque le célèbre historien Grec (46-119), le mormyridé Oxyrhynchus (ce qui veut dire « nez pointu »), un poisson faiblement électrique, est béni des dieux.
Sculpture de bronze (The Barakat Gallery)
 Selon la légende, Osiris, dieu de la fertilité et du recommencement, époux et frère d’Isis, fut assassiné par son frère Seth, jaloux de sa puissance. Seth, dieu des tempêtes et de la violence, coupa son corps en quatorze morceaux qu’il dispersa dans toute l’Égypte. Oxyrhynchus protégea les organes génitaux d’Osiris en les dévorant au fond du Nil. Isis put ainsi rassembler les parties d’Osiris et le faire renaître à chaque nouvelle crue du Nil afin qu’il puisse fertiliser l’Égypte à nouveau.

 

Les Grecs et Romains ont eux aussi été attirés par les poissons électriques. Une superbe mosaïque retrouvée dans les ruines de Pompéi montre une myriade de créatures marines avec, entre autres, la célèbre torpille électrique, Torpedo torpedo, montrant ainsi son importance dans l’imaginaire collectif de l’époque.
Mosaïque dans les ruines de Pompéi. En haut, on y voit le poisson-torpille.
Le nom du poisson, Torpedo veut d’ailleurs dire torpeur en latin, d’où le nom torpille en français. Même les philosophes se sont mis de la partie. Dans le dialogue de Platon (428-348), Le Menon, on peut y lire : « Oh Socrate…tu sembles, en ton apparence et en ta puissance sur tous, tel le poisson Torpedo qui assomme ceux qui sont près de lui et qu’il touche, tout comme tu m’as assommé, je pense. Mon âme et ma langue sont en torpeur et je ne sais comment te répondre… »

 

Aristote (384-322), disciple de Platon, référa à la puissance des poissons électriques dans son Histoire des animaux. « Le poisson Torpedo endort les créatures qu’il veut attraper, en les chargeant de sa puissance. Il se cache dans le sable et la boue et frappe toutes les créatures qui nagent assez près de lui pour sentir son influence. » Théophraste (372-287), élève d’Aristote, mentionna (Des Animaux qui mordent et frappent) que le pouvoir du poisson Torpedo pouvait se faire sentir sans contact direct à travers les pôles, les filets, les bâtons, les lances de fer et autres objets solides.

 

Plutarque (46-119) a donné une bonne description factuelle du pouvoir des poissons électriques : « Vous connaissez vous-mêmes la propriété de Torpedo, qui non seulement paralyse tous ceux qui le touchent, et de plus engourdit à travers le filet les mains de ceux qui sont sur le point de le capturer. » Il nota aussi que « ceux qui versent de l’eau sur le poisson peuvent percevoir un effet paralysant leur mains stupéfiant leur sensations à travers l’eau affectée par la qualité du poisson ».

 

Malgré tout, les faits réels sur le pouvoir des poissons électriques étaient rares à l’époque et se perdaient dans une masse de légendes et de mythes populaires. Les auteurs de l’Antiquité ont généralement évité d’expliquer la nature et l’origine du pouvoir engourdissant des poissons électriques, ce qui dans une certaine mesure est une bonne chose puisse qu’ils n’avait aucune capacité technique de comprendre le phénomène. Seul Galien (131-201), un médecin Grec qui vivait à Rome, a tenté une explication. Il compare l’action du choc du poisson avec l’effet du froid intense (le principe frigorifique), et propose une similitude entre ce choc et les effets, déjà bien connus à l’époque, de la magnétite. Cette pierre, provenant de Magnésie en Grèce, pouvait attirer des anneaux de fer, qui à leur tour pouvaient attirer d’autres anneaux de fer. Son intuition, assez farfelue à nos yeux d’aujourd’hui, présentait malgré tout une part de vérité car plusieurs siècles plus tard, par les travaux de Walsh (1773), l’induction du magnétisme sera une preuve féconde de l’électricité chez les poissons électriques et les autres animaux.

 

Pline (61-113), dans son Histoire Naturelle, se demande si le pouvoir de Torpedo n’est pas aussi présent dans les membres des humains. Malheureusement, n’ayant aucune notion d’électricité ou d’électrophysiologie, et sous l’influence des conceptions d’Hippocrate (460-377) sur les humeurs, Pline était intéressé à extraire de Torpedo sa puissance sous la forme d’huiles ou d’onguents à partir de spécimens vivants ou bouillis. Les apothicaires tirèrent alors de la chair ou des organes de la raie électrique des aphrodisiaques très populaires et autres filtres aux propriétés médicinales fort douteuses. Ces recettes populaires ont perduré jusque tard dans le Moyen-âge. En plus, les romains utilisaient les pouvoirs (chocs!) de poissons vivants pour traiter des maux de tête et la goutte. … y’a pas que les barbares qui soient barbares !






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Références
Erik Harvey-Girard.  "L’Antiquité et les poissons électriques."  Apteronote. Ed. Erik Harvey-Girard. Ottawa: Mai 27, 2005. <  >
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