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Histoire
La Renaissance des poissons électriques
Erik Harvey-Girard


Quatre siècles plus tard, Samuel Purchas (1577-1626) décrivit les poissons de l’Abyssie (Éthiopie) et du Mozambique dans ses carnets de voyage. Entre autres, il y présenta un poisson aux qualités telles qu’aucun homme ne pouvait le prendre vivant sans ressentir la douleur dans ses mains et ses bras. Il rapporta aussi les propos du jésuite Godigno selon qui, lorsqu’un poisson-chat nouvellement attrapé était lancé sur une pile de poissons morts récemment, ses pouvoirs mystérieux les ramenaient à la vie, ou du moins quelque chose s’y rapprochant.

 

Le principe frigorifique de Galien survécut jusqu’au 16e siècle. Montaigne (1580) écrit dans un essai au sujet de la froideur et de la transmission dans l’eau du pouvoir de certains poissons. De son coté, l’italien Mercurialis (1530-1606) pensait que le choc était une sorte de poison spécial.

Observations anatomiques du poisson-torpille par Lorenzini
 

Dans une lettre au Père Chircher (1671), Redi décrivit la formidable douleur qu’il ressentit au bras lorsqu’il examina une femelle Torpedo. Il identifia et décrivit les structures anatomiques conférant au poisson électrique ses pouvoirs d’engourdissement. Il localisa la source du pouvoir des Torpedo dans deux corps en forme de faucille (corpi falcati) qu’il inféra correctement être d’origine musculaire. Son élève, Lorenzini fut le premier scientifique de la Renaissance a exploré de façon systématique les propriétés particulières de Torpedo. A partir de ses expériences, Lorenzini démontra que plusieurs des observations des philosophes étaient fausses. Malheureusement, il introduisit d’importantes erreurs parce qu’il ne retint que les phénomènes observés lui permettant de donner une explication, acceptable selon lui, à partir des lois physiques qu’il connaissait. Ainsi, il nia la transmission du choc à travers l’eau et affirma la sentir uniquement en touchant directement le poisson. De là, il proposa que le choc fût un événement mécanique causé par la contraction rapide des deux muscles spécialisés identifiés par son maître Redi. Ainsi, le choc était « dû à l’expulsion rapide et soudaine d’effluves microscopiques ou corpuscules qui sont lancés par la contraction des fibres qui composent ces deux corps musculaires ». De la même manière, il rejeta l’idée que les pouvoirs d’engourdissement d’un poisson électrique puissent ramener à la vie des poissons fraîchement tués. A la Renaissance, il semble qu’il valait mieux avoir une explication erronée en niant quelques observations expérimentales, plutôt qu’un phénomène naturel sans explication.

 

Références
Erik Harvey-Girard.  "La Renaissance des poissons électriques."  Apteronote. Ed. Erik Harvey-Girard. Ottawa: Mai 28, 2005. <  >

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