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Par exemple, pour éviter d’être des proies faciles pendant la journée, moment où ils dorment, plusieurs aptéronotes diminuent l’intensité de leurs champs électriques (ce qui en réduit aussi la portée) afin de ne pas être perçus par des prédateurs capables de détecter leurs champs électriques même s’ils sont cachés. La vitesse de la décharge de l’organe électrique nécessite que le système électromoteur responsable de l’électrogénération soit capable de produire des potentiels d’action de façon synchrone et répétitive à toutes les millisecondes pour avoir une fréquence de EOD de 1000Hz. C’est extrêmement rapide ! Les décharges des neurones (ou l’influx nerveux), que l’on nomme potentiels d’action , prennent normalement environ 5msec pour se compléter chez la plupart des neurones. Comment peut-on avoir un système aussi rapide, synchrone et constant pour générer des champs électriques aussi stables ? Les recherches dans ce domaine montre que ces neurones à potentiels d’action rapides présentent des propriétés électrophysiologiques particulières et expriment certains types de canaux ioniques qui leur permettre de suivre de hautes fréquences (Voir PM et cie). De plus, le système électrosensoriel à la base de la détection électrique doit aussi être capable de coder et de traiter une information sur un large spectre de fréquences (Voir Global vs Local).
Plusieurs problèmes que les gymnotiformes ont dû corriger au fil de leur évolution proviennent de la nature électrique du support de leur système sensoriel. Une illustration de cette causalité tient dans le phénomène d’interférence. Lorsque deux congénères émettant à des fréquences semblables s’approchent, le chevauchement des champs électriques occasionne des interférences qui « aveuglent » leurs systèmes électrosensoriels. C’est comme lorsqu’on syntonise deux stations de radio en même temps. Pour pallier à ce problème, plusieurs gymnotiformes ont développé le réflexe d’évitement de l’interférence (Jamming Avoiding Response ou JAR). Si les poissons détectent des interférences dues à une trop grande similitude des fréquences d’émission, le JAR permettra à au moins un des deux poissons d’éloigner sa fréquence d’émission afin de réduire à un minimum acceptable l’interférence. La détection de ces interférences a cependant nécessité un système d’analyse cérébrale plus complexe qu’on aurait pu imaginer au départ (Voir JAR).
Un autre exemple des difficultés posées par la nature électrique du stimulus sensoriel réside dans la détection des objets. L’intensité du champ électrique émis diminue en fonction de la distance. Ainsi, le champ électrique produit par un poisson faiblement électrique n’est pas uniforme et est fortement réduit à une distance égale à la longueur du poisson. Dans ces conditions, l’évaluation de la distance d’un objet revêt des difficultés particulières surtout que d’autres caractéristiques de l’objet interfèrent sur les caractéristiques de son image électrique et influencent l’analyse sensorielle (Voir Image électrique).
Certains problèmes entraînent des solutions particulièrement surprenantes. Les signaux électriques émis par un poisson tout proche peuvent causer des changements globaux du champ électrique émis et perçu par un poisson de l’ordre de 30%. Les stimuli causés par une daphné (proie principale des poissons-couteaux bruns) toute proche créent des changements très localisés du champ électrique d’environ 0,3%. C’est comme si on tentait de déterminer la présence d’un objet sous la surface de l’eau en regardant les vaguelettes qu’il cause dans une mer déchaînée. Comment dans ce contexte un aptéronote peut-il percevoir son repas sans être « aveuglé » par son congénère? Des recherches récentes ont montré que les poissons-couteaux bruns arrivent à effectuer les deux tâches et que leur cerveau est fait pour traiter ces deux types de stimuli (Voir Global vs Local).
Les aptéronotes ont aussi appris à utiliser leur système « radioélectrique » avantageusement dans un but de communication entre eux. Ils ont inventé les « chirps ». Ce terme vient du domaine des radars et représente une augmentation soudaine et temporaire de la fréquence détectée, d’où son nom si on écoute le signal sonore qu’il cause (chirp-chirp-chirp). Chez les aptéronotes, il s’agit d’augmenter soudainement et temporairement la décharge de leur organe électrique. Par exemple, les mâles poissons-couteaux bruns pour avertir et repousser un autre mâle qui entre dans leur territoire émettent un petit chirp rapide. Ce sont donc des signaux d’agression ou d’avertissement. Pour courtiser leur dame pendant la saison des pluies amazoniennes, ils émettent des chirps plus longs et plus doux (plus faible variation de fréquence) (Voir Communication). La technique de détection et de différentiation de ces signaux de communication effectuée par les poissons-couteaux bruns est particulièrement élégante et fait appel à la rupture de l’onde de battement occasionnée par le chirp (Voir Détection des Chirps).
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